Quand, en 2003, j’ai décide d’ installer ma compagnie de danse au sein de la favela de Mare j’étais consciente que nous allions être confrontés a des situations bien spécifiques, résultat d'inégalités économiques et sociales.
La Maré est un quartier de la ville de Rio, très peu visitée par les artistes, ou vivent près de 140 000 personnes.
Il est important de comprendre que dans la ville de Rio de Janeiro le bidonville n’est pas périphérique, il n’encercle pas la ville, mais se trouve à l’intérieur, il est central, entraînant la coexistence d’univers sociaux très distincts. Et malgré cette étroite coexistence, l’isolement de ces mondes est très grand.
Dans mon pays ,je crois que l’acte artistique ne peut pas se restreindre à la création d’une œuvre d’art. Il faut d’abord et simultanément occuper un espace, créer un territoire et provoquer les conditions pour y survivre. Aménager, déplacer, construire des stratégies, réparer,restaurer. Bâtir le terrain pour que l’oeuvre d’art puisse exister.
C’est pourquoi, il m’ a paru fondamental de créer un espace physique consacré a l’ art dans ce quartier.
C’est en partenariat avec REDES, association qui fait un travail social et pédagogique depuis plus de 9 ans au sein de la Maré,que nous avons construit le Centro de Artes da Maré qui a pour mission la création, la formation et la diffusion artistique. C’est là que la compagnie répète, donne des cours de danse gratuits pour les habitants du quartier.
La compagnie existe depuis 20 ans et fonctionne comme un endroit de formation et d'émancipation.
Au Brésil, pays ou les aides publiques a la culture sont très limitées, ceci signifie une lutte quotidienne et la recherche permanente de solutions pour survivre.
Les 14 danseurs de la compagnie ont des cours réguliers, des rencontres avec d’autres artistes et chorégraphes. On travaille sur la transmission des œuvres qui font partie du notre répertoire et aussi sur le matériel chorégraphique pour des nouvelles créations.
La réalité du lieu ou l’on travaille influence de façon déterminante nos modes de création et de production. Ceci est valable pour une favela de Rio comme pour n’importe quel autre endroit dans le monde.
J’ articule ma démarche comme chorégraphe dans ce territoire, en créant des stratégies afin que notre travail puisse aller a la rencontre aussi bien des habitants de la Maré , que des publics des autres quartiers de la ville. Penser la relation entre ce que l’ on crée et les different spectateurs est un défi.
Quelle est la manière dont chacun va trouver sa place a partir de cette rencontre, avec ses similitudes, ses différences, les uns vers les autres, les uns avec les autres?
C’est une question qui est au cœur de mon travail.
Chaque pièce de la compagnie demande une manière spécifique de travailler.C'est toujours nouveau : partir de nouvelles questions, lire des textes , improviser, organiser les idées, les mettre en relation.
C'est un vrai travail de collaboration, entre les danseurs, notre dramaturge Silvia Soter et moi.
Pour POROROCA, notre plus récente création, nous avons improvisé autour des combinaisons et des variations de la situation d'être ensemble en groupe, et les affects qui sont mis en jeu `a partir de cela.
Le mot POROROCA viens du tupi ,une des langues des indigènes brésiliens. Il s'agit d'un phénomène naturel produit par la confrontation des eaux du fleuve avec celles de l'océan et au Brésil se manifeste à l'embouchure du fleuve Amazone. La force de ce choc bruyant peut renverser des arbres et modifier le lit des rivières et pourtant c'est un processus fragile, résultant d'un équilibre délicat. La Pororoca provoque la rencontre des courants contraires et génère des vagues, des invasions et des mélanges.
C’est une métaphore de notre travaille `a Maré.
La décision de developper notre travail dans cette favela signifie prendre une position politique et aller contre la tendance à l’exclusion de cette immense partie de la population de Rio de Janeiro. A cette époque où partout dans le monde l’on construit de plus en plus de murs et des grilles, où les territoires sont férocement délimités, où les frontières sont imposées et rigoureusement défendues, nous proposons de faire le mouvement inverse. Nous proposons de découvrir de nouvelles possibilités de partage, de dialogues et de création.
Ce qui a été mis en mouvement dans cette rencontre entre ma Compagnie, REDES et les gens de Maré restera pour toujours vivant et en transformation, ouvrant d’autres possibilités multiples.
Comme a écrit le pédagogue brésilien Paulo Freire : "... il ne s'agit plus seulement d'accéder aux savoirs et de les accumuler mais de mieux savoir lire le monde qui nous entoure, pouvoir agir consciemment sur lui et participer à l'écrire en le transformant. "